Can 2019 – Sénégal vs Tunisie: Ne pas donner raison à Giresse !

Comme beaucoup d’histoires d’amour, celle entre Alain Giresse et le Sénégal s’est mal terminée. L’entraîneur français est totalement passé à côté de son passage dans le pays de la Teranga, avec son échec en Coupe d’Afrique des Nations 2015. La relation était tendue, notamment avec la Fédération sénégalaise de Football (Fsf), qui avait fini par couper le pont avec Alain Giresse. Quatre ans après, les deux camps se retrouvent dans un autre contexte. Même si aucun sentiment de revanche n’est présent au coté de Giresse, les Sénégalais, par contre, considèrent ces retrouvailles comme un règlement de compte avec leur ancien sélectionneur.

Éliminés prématurément à la Can 2015, en phases de poules, les Sénégalais ont subi une désillusion atroce malgré l’effectif bien étoffé dont disposait, le sélectionneur à l’époque, Alain Giresse. Le coach français, alors qu’il avait, jusque-là, un bilan reluisant en bandoulière, perdit totalement la confiance des Sénégalais, après cette élimination lors de la troisième rencontre contre l’Algérie (2-0). Une déception qui n’a pas été sans conséquence. En effet, le Fédération sénégalaise de Football et le peuple, même, avaient déversé leur colère sur le coach français, à qui il reprochait de n’avoir pas été à la hauteur. Quelques jours après, Giresse est limogé au profit de l’actuel entraîneur du Sénégal, Aliou Cissé.

Quand Giresse soldait ses comptes avec le Sénégal

En 2015, l’ancien entraîneur de l’équipe nationale du Sénégal, était l’invité de Rmc. Un entretien dans lequel, il a soldé ses comptes avec le Sénégalais, surtout avec les journalistes. Les questions posées lors de sa conférence de presse d’après l’élimination lui sont restées en travers de la gorge.

«D’abord, le comportement. On a dépassé les limites de la correction. C’était d’une violence verbale et presque physique assez inouïe. Ils se sont presque jetés sur moi à la fin de la conférence de presse. C’était une chasse à l’homme. Comme si la défaite tombait bien (contre l’Algérie), pour pouvoir enfin se jeter sur moi et m’anéantir. Nos relations étaient plus que distendues, et j’avais mis en place une organisation professionnelle, avec des entraînements à huis clos. Et ça, ça ne convient pas là-bas. L’équipe nationale, pour eux, doit être au service de la presse. Toute cette organisation les dérangeait. Et j’en étais le principal instigateur», dit-il.

Selon lui, il y a des journalistes sénégalais qui sont corrects, honnêtes et objectifs, mais d’autres sont des fossoyeurs du football. «A mon arrivée, l’équipe était 80e, là elle est 35e au classement Fifa. On a perdu 3 matches sur 19, et pas contre de petites nations. A leurs yeux, ce bilan n’existe pas. Ils ont une haute idée de leur football, qui n’a jamais rien gagné ! On partait à la Can pour la gagner, selon eux. Il faut avoir le sens de la mesure ! », peste-t-il.

4 ans après : une retrouvaille, dans un contexte

différent

Quatre ans après son limogeage sur le banc des Lions, Alain Giresse passé entre-temps au Mali, où il a terminé 3e de l’Afrique lors de la précédente édition au Gabon, retrouve avec la Tunisie son substituant Aliou Cissé. Mais également, il retrouve son plus grand “ennemi”, le peuple sénégalais, qui aimerait prendre sa revanche.

“Aucun sentiment de revanche de ma part”

A la veille de rencontrer en demi-finales le Sénégal qu’il a entraîné, Alain Giresse, sélectionneur de la Tunisie, parle de ses souvenirs et des liens avec les Lions. Surtout, l’entraîneur français exprime sa fierté de voir ce que sont devenus des joueurs comme Idrissa Guèye ou Sadio Mané qu’il a dirigés en sélection. Avant de préciser qu’il ne développe aucun sentiment de revanche.

“Ce n’est pas un plaisir de retrouver une équipe, des joueurs, des dirigeants avec qui vous avez travaillé et partagé des moments. Tout d’un coup je me retrouve être adversaire d’une équipe que j’entraînais pour la faire gagner. Là, ça va être l’inverse. Je ne peux pas en vouloir au Sénégal. Je ne peux rien lui reprocher puisque mon départ était voulu par rapport à un contexte bien précis et non par rapport à quelque chose que je reproche aux joueurs ou à la fédération. Il n’y a même pas un sentiment de revanche de ma part. Il y en a beaucoup qui s’imaginent que je suis revanchard, mais ils se trompent. C’est leur problème. Il y a des façons d’aborder les choses et s’ils en sont là, je les plains les pauvres. Mon orientation est ailleurs, la preuve, je suis en demi-finale”, a-t-il avancé, hier en conférence de presse.

Même si ce dernier ne se considère pas comme “revanchard”, le peuple sénégalais ne l’est point. En effet, le sélectionneur français a laissé un mauvais souvenir lors de son passage à la tête de la tanière. Une histoire que les supporters gardent toujours en travers de la gorge. D’autant plus que Giresse avait mis de l’huile sur le feu suite à sa sortie médiatique, où tirait sur les Sénégalais en affirmant, “qu’ils ont une haute idée de leur football, qui n’a jamais rien gagné.”

Ne pas lui donner raison

Interrogé, hier, sur Aliou Cissé, le coach français s’est affiché très cordial vis-à-vis de son successeur. “Aliou, on se connaît bien, j’ai été son entraîneur (au PSG) et on a toujours eu de bonnes relations au Sénégal. Il était entraîneur des Olympiques et on échangeait beaucoup sur les joueurs. Maintenant, c’est un plaisir de le voir comme lorsqu’on s’est croisé au tirage au sort de la CAN 2019. Ce sont de saines relations franchement. Le Sénégal reste un bon souvenir avec des gens que je n’ai pas rayé de mon parcours et ça aussi reste une belle histoire”, a-t-il laissé entendre.

Quatre ans après que les deux camps se retrouvent, la mission de ne pas donner raison à Alain Giresse, par rapport à sa perception sur le football sénégalais, revient à Aliou Cissé. D’autant plus que ce dernier avait été choisi pour penser les plaies des Sénégalais, suite à d’innombrables déceptions avec les sélectionneurs étrangers français. Et aujourd’hui, il fait face à son ancien entraîneur au Paris SG .Un challenge pour le coach Cissé, de monter au maître que le disciple a bien grandi, et de faire mieux que lui tout en se satisfaisant, déjà, d’avoir retrouvé le dernier carré pour la première fois depuis plus d’une décennie.

“Ça fait plus de 13 ans que le Sénégal n’est pas arrivé à ce niveau-là… Donc on a forcément l’espoir de pouvoir jouer une grande finale, ce qui nous fuit depuis 2002”, a fait savoir l’entraîneur du Sénégal, Aliou Cissé.

“C’est un rêve, pas seulement celui d’Aliou Cissé mais celui de tout un peuple. Depuis les indépendances et jusqu’à ce jour, le Sénégal n’a pas gagné de Coupe d’Afrique. En 2002, nous étions à deux doigts de l’emporter et ça ne s’est pas fait. Nous espérons que cette fois, ce soit la bonne”, a-t-il poursuivi.

Et difficile de ne pas partager son rêve, puisqu’avec l’Algérie, le Sénégal est sans doute la formation qui a le plus montré de qualités depuis le début du tournoi. Les Lions n’ont que très peu été mis en difficultés dans cette CAN 2019, avec leur revers contre l’Algérie (1-0). Sans vraiment trembler mais sans non plus être impitoyables, ils ont rejoint les demi-finales après avoir dominé l’Ouganda puis le Bénin sur le même score (1-0).

Une revanche aussi avec l’histoire…

En demi-finale, ce dimanche, le Sénégal affronte la Tunisie. Doubles retrouvailles pour Aliou Cissé : le plaisir de retrouver Alain Giresse, son ancien coach au PSG, aujourd’hui sélectionneur de l’équipe tunisienne, ravive la déception créée par les Aigles de Carthage en quarts de final de la CAN 2004.

Les Tunisiens avaient battu les Lions par 1-0, sur leur propre terre alors qu’ils étaient les organisateurs de cette édition, qu’ils ont finalement remporté. 15 ans après, les Lions du Sénégal voudront prendre leur revanche, qui leur est accessible et favorable. Vu le contexte de leurs retrouvailles. En réalité, les hommes de Cissé disposent de toutes les facultés physiques, techniques et mentales pour venir à bout cette formation tunisienne et retrouver une place en finale, après 2002. Face au “tout puissant Sénégal”, les hommes d’Alain Giresse s’attendent à du très lourd, en demi-finale de la CAN 2019. Moins brillante sur le papier, plombée par une ambiance un peu compliquée en interne, et pas forcément rassérénée par un début de tournoi au ralenti, la Tunisie n’a eu aucun mal à ranger au placard son costume de favori.

Au final, la seule inconnue est de savoir si Sadio Mané et ses coéquipiers sauront élever leur niveau de jeu face à un adversaire d’un autre calibre. En début de compétition, face à l’Algérie, la réponse avait été négative. Et si la Tunisie se présente face à eux avec le visage affiché lors des quarts, ils n’auront d’autre choix que de franchir un nouveau cap.

Historique des rencontres 

La première confrontation entre la Tunisie et le Sénégal remonte à 1963 quand les deux sélections se sont neutralisées (1-1). Sur 16 matches entre les deux sélections, la Tunisie s’est imposée à 7 reprises contre 4 pour le Sénégal alors que cinq rencontres se sont soldées par des nuls.