La sortie de Serigne Bass Abdou Khadr, porte-parole du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké s’est déclinée en trois axes : l’annonce d’une contribution financière du guide religieux à hauteur de 200 millions F CFA, les demande de prières et conseils destinés aux disciples et enfin la décision de s’en référer à l’Etat du Sénégal pour toute décision de son ressort relatif à une éventuelle limitation des mouvements.

Abordant, à demi-mots, le sujet sûrement le plus attendu lors de son point de presse, Serigne Bass a évoqué le fait que même la Umrah (petit pèlerinage) a été reporté en Arabie saoudite, comme pour dire que l’éventualité d’un report des évènements religieux n’est pas à écarter. Toutefois, son speech placera clairement les autorités politiques devant leurs responsabilités dans la prise d’une telle décision. « Vous avez vu, la Umrah est reportée. Personne n’est à l’abri d’une maladie (…) L’Islam conseille également d’écouter et de respecter les autorités (politiques). Donc il est important qu’on leur donne la place qui est la leur avec le respect qu’il faut. Et à ce titre, nous sommes à leur écoute (l’Etat et ses démembrements), notamment le ministère de la Santé. »

ÉVÈNEMENTS RELIGIEUX : UN CALENDRIER CHARGÉ

En un mot, c’est au pouvoir temporel de juger de la nécessité d’interdire des rassemblements et d’aviser, étant entendu, dira-t-il, que le guide religieux respectera toute décision émanant des services compétents pour la prendre. A l’Etat donc d’évaluer les risques et la gravité de la situation et de trancher en conséquence. Premier test pour Abdoulaye Diouf Sarr et ses services : le Daaka (retraite spirituelle de plusieurs jours) de Médina Gounass qui démarre officiellement demain, samedi 14 mars. D’autres événements religieux sont également programmés dans un horizon plus ou moins proches. C’est le cas du Magal de Kazu Rajab à Touba, prévu le 22 mars, l’Appel de Seydina Limamoulaye, à Yoff, les 26 et 27 mars, ou encore la 35e Journée mondiale de la jeunesse, qui sera célébrée le 5 avril 2020, Dimanche des Rameaux.

Par ailleurs, le porte-parole du guide religieux a convoqué, pour étayer ses propos, des références historiques montrant les périodes pendant lesquelles la Ummah islamique a pu être confrontée à des épidémies. Il a également rappelé le précepte islamique selon lequel une personne se trouvant dans une zone contaminée, est conseillée d’y rester pour ne pas participer à propager l’épidémie. « A propos des épidémies, l’Islam recommande de rester là où elle se déclare », dira-t-il.

LA RECOMMANDATION DIVINE DU CONFINEMENT

Cette stratégie de confinement, aujourd’hui fortement conseillée par les autorités sanitaires a notamment eu du mal à se faire respecter en raison d’un mouvement de panique dans les pays les plus touchés à l’instar de l’Italie d’où est venu le patient qui a propagé le virus dans la ville religieuse de Touba, contaminant cinq membres de sa famille.

Le dernier point sur lequel le Khalife a tenu, par le biais de son porte-parole, à s’adresser aux fidèles musulmans et aux Sénégalais de façon générale, dans une approche qui transcende l’appartenance confrérique, c’est de contribuer par une collecte de moyens mais aussi de s’en remettre à Dieu par des prières (il a notamment recommandé le xassida Ya Rabbil Mustafa de Cheikh Ahmadou Bamba) et surtout de respecter les règles d’hygiène et de propreté : « L’Islam est une religion avant-gardiste sur la propreté. C’est une recommandation divine et une sunnah. Donc il demande à chacun de redoubler d’efforts en ce sens tel que conseillé par les médecins. »

EMEDIASN