58 ans d’indépendance: Des… massages de la Nation (Par Mamadou Ibra Kane)

Le message du chef de l’Etat Macky Sall a vécu, respectant un rituel de 58 ans d’âge. Mardi 3 avril 2018, le président de la République élu il y a six ans a décliné son dernier discours solennel de veille de célébration de l’indépendance avant la remise en jeu de son mandat, en février 2019. Un massage à ou de la nation diversement interprété. Le message qu’il fallait ! s’exclament certains. Plutôt le message qui trahit les attentes ! rectifient les autres. C’est tout le charme de la liberté d’opinion.

Cependant, il y a un passage qui frappe les esprits dans le texte du Président. C’est celui qui fait basculer le Sénégal dans une autre ère, celle de la vidéosurveillance, devenue depuis fort longtemps une banalité sous d’autres cieux. Il était temps que notre pays soit « in » ou à la page en la matière, à une époque où se doter d’un tel système de sécurité n’est plus un luxe. Une nécessité que notre pays se devait d’intégrer dans sa croisade contre l’insécurité, marquée au rouge par des crimes et enlèvements ciblant nos enfants, sans oublier les autres menaces. Le président Sall ne s’y est pas trompé. Qui annonce dans son message : « Le programme de modernisation des moyens opérationnels de la Brigade d’Intervention Polyvalente et de la Police technique et scientifique, sera renforcé, y compris par l’installation de vidéo-surveillance à Dakar et dans la banlieue. » Dans un Sénégal où tout se discute et se dispute, on imagine aisément les réactions du genre : « On nous surveille ! » « Non à vos maudites caméras ! » Erreur que de réduire la vidéosurveillance à la simple expression de surveillance.

C’est pour cette raison d’ailleurs, qu’ailleurs on préfère parler de vidéoprotection. L’accent est mis ici sur la nécessité de protéger l’individu et la collectivité et non uniquement de surveiller. La bonne attitude est de changer de comportement en sachant définitivement que même dans la rue, « mbedda Buur », on ne peut s’autoriser de faire n’importe quoi. Il existe dans le monde des pays où le système de surveillance par la caméra fonctionne tellement bien qu’une voix invisible vous rappelle à l’ordre à l’instant même où vous commettez votre forfait, comme jeter par terre votre tasse de thé ou de café ou votre mouchoir après usage. « Vidéosurveillance pour tous » dans les lieux publics, oui mais avec un minimum d’éthique tel que le respect de la vie privée de chacun. On sait ce qu’il est advenu des écoutes téléphoniques… Un autre morceau du message ou massage présidentiel qu’on a «liké», la décision du numéro un sénégalais de décorer les sauveteurs du crash de l’hélicoptère Mi-17 au large de Missirah. Une bonne idée de les offrir ainsi en modèle de citoyenneté et de civisme. Toutefois, on attend les suites de l’enquête.

Premier ou second tour ?

Sans être encore officiellement candidat à sa propre succession – secret de polichinelle – le président Macky Sall ne cache pas son désir de se faire réélire dès le premier tour, le 24 février prochain. 60% ! Exactement comme l’avaient voulu ses prédécesseurs : Diouf en 2000 et Wade en 2012. Sera-t-il plus chanceux ou connaîtra-t-il le même sort ? Donnons notre langue… au peuple souverain. Relevons cependant une imprudence de la part de certains tenants du pouvoir. A l’image des «Verts socialistes» et des «Bleus libéraux», les «Marrons républicains» sont en train de commettre l’erreur de l’exclusion et de l’arrogance. La même erreur produit toujours le même effet. La leçon est pourtant basique : on ne va pas à une élection avec l’objectif de la remporter, avec une stratégie de soustraction. Il est étonnant de voir l’attitude d’un certain entourage du président de la République s’en prendre violemment au professeur Abdoulaye Bathily. S’il est de leur droit de le qualifier de «frustré» ou d’«aigri» après l’épisode de sa candidature ratée à la présidence de la Commission de l’UA – par parenthèses, échec à mettre aussi sur le compte de la diplomatie sénégalaise – il est en revanche risqué pour qui connaît l’histoire politique de notre pays, de sous-estimer les alertes de cet homme de gauche.

La Gauche sénégalaise n’a certes toujours pas réalisé son «rêve du Grand soir», mais elle a souvent vu juste dans ses alertes et prévisions. En plus, l’intérêt d’un Président qui cherche à rempiler n’est-il pas d’additionner plutôt que de soustraire ? De multiplier au lieu de diviser ? Instruit par l’histoire, il doit bien savoir que ceux qui veulent souvent donner au Président des gages de fidélité sont les premiers à quitter le navire à la moindre tempête. Et puis, une élection à deux tours requiert, dans la stratégie, de tenir compte de l’hypothèse d’un second tour. Premier ou second tour, l’essentiel est de gagner grâce à la mobilisation, non pas seulement de ses partisans, mais également et surtout au-delà des appareils politiques. Telle doit être la posture d’un chef d’Etat qui veut obtenir un second mandat. Idrissa Seck, quant à lui, déroule sa stratégie de conquête du pouvoir. L’homme est un As de la Com. Toutefois chez lui, la communication est à la fois un atout et un handicap. Idy, souvent victime de son génie. Sa dernière déclaration selon laquelle «Karim m’a dit…», est une imprudence, pour ne pas dire une erreur de Com. Et si c’était un poisson d’avril ? De surcroît dans un pays où le respect de la parole donnée n’est pas la tasse de ataya des hommes politiques.

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