Aïssata Bâ, Daba Ndiaye et Kumi Kwasi Kennedy sont au frais, depuis le 06 mai dernier. Ils ont comparu hier, devant la barre du tribunal qui statuait en flagrant délit, pour avortement et complicité d’avortement.

 

Daba Ndiaye a laissé perler de chaudes larmes sous ses lunettes blanches. La cinquantenaire a soutenu mordicus n’avoir pas commis d’avortement, puisqu’en s’attachant ses services, Kumi Kwasi Kennedy et Aïssata Bâ lui ont parlé d’un retard de menstrues qu’elle devait arranger. Devant le juge, elle a soutenu la thèse de la duperie, pour se tirer d’affaire. Et pourtant, devant les policiers enquêteurs de la ville de Richard-Toll, elle avait décrit, avec forces détails, la manière dont elle avait procédé à l’avortement de la fille. Elle y reviendra hier, mais juste partiellement. «Je lui ai fait deux injections de Spasfon pour dilater le col de l’utérus puis j’ai introduit une tige de «paftan» comme sonde pour le maintenir ouvert», explique la récidiviste. Daba Ndiaye est en fait coutumière de tels faits. Il y a trois ans, cette mère de sept enfants avait été condamnée à trois mois ferme, pour interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette tentative d’avortement s’était soldée par un échec. Tout comme celle effectuée le 29 avril dernier sur Aïssata Bâ. Une jeune fille de 19 ans qui a contracté une grossesse de deux mois des œuvres de son amoureux Ghanéen, Kumi Kwasi Kennedy, coiffeur de profession, établi à Richard-Toll. Après l’interruption, la fille perdit en abondance du sang, au point d’inquiéter sa mère qui la conduisit à la structure sanitaire de Ndombo d’où elle sera convoyée à l’hôpital de Richard-Toll.

A l’audience, le couple s’est renvoyé la balle. Pour le coiffeur de 38 ans, c’est sa copine qui lui avait demandé avec insistance de l’aider à se débarrasser de sa grossesse, craignant de provoquer le courroux de son père. «J’ai pris contact avec la dame par le biais d’un ami qui vit à Saint-Louis, parce que ma copine me mettait trop la pression», souligne-t-il. Pour Kennedy, plus connu sous le sobriquet de Moussa, c’est d’un commun accord qu’ils ont décidé de contacter la matrone Daba Ndiaye qui a fait le déplacement de Saint-Louis à Richard-Toll, pour la faire avorter, moyennant 50 000 francs Cfa. Aïssata Bâ, quant à elle, estime avoir été piégée par son homme qui a fait venir la dame. «Il m’a appelée  pour que je le rejoigne chez lui. J’ignorais qu’il avait mûri un plan consistant à me faire avorter. Il a fermé la porte à clé pour que je ne prenne la fuite. Il disait toujours qu’il ne pouvait pas avoir un enfant ici, parce qu’il était un étranger, juste de passage», a dit la fille qui précise qu’elle avait l’intention de garder sa grossesse jusqu’à terme, tout comme elle avait accepté son premier enfant hors mariage, sa fille de six mois. Le représentant du ministère public qui a requis le maximum de la peine, 5 ans ferme, à l’endroit de Daba Ndiaye, demandera une condamnation ferme de deux ans à l’encontre de Aïssata Bâ et Kumi Kwasi. Me Ababacar Sadikh Nahame qui assurait la défense d’Aïssata Bâ, a plaidé la relaxe au bénéfice du doute, rien ne prouvant, dit-il, que sa cliente était de connivence avec son copain, dans la mesure où son premier enfant avait été conçu dans pareilles conditions. Le seul rempart de Me Alioune Abatalib Guèye, conseil de Daba Ndiaye, a été  de solliciter une application bienveillante de la loi pénale. Aissata Bâ, attraite pour avortement, Daba Ndiaye et Kumi Kwasi Kennedy, en prison depuis le 06 mai, pour complicité d’avortement, sauront, jeudi prochain, le sort à eux réservé par le tribunal.

 

Igfm