Structuration de l’Apr : Macky pense déjà à sa succession

Le Président Sall, en présidant la réunion du Secrétariat exécutif de son parti ce lundi, a instruit ses camarades à ‘’une réflexion approfondie sur l’animation du parti’’, ce qui pourrait s’apparenter à une volonté de travailler, enfin, à parfaire sa structuration.

Ce faisant, il est mode y’en a marre dans un parti qui fonctionne comme une armée mexicaine où tout le monde est chef. Pis, il s’insurge contre la liberté de ton dont certains ont fait preuve pour étaler sur la place publique des problèmes internes.

Il n’a pas manqué d’étaler sa colère, même si le phénomène est loin d’être nouveau.

En réalité, il pense à sa succession. Même si ce n’est certainement pas le moment, Macky qui entame son second mandat, sait, d’expérience acquise ailleurs, que s’il ne fait rien, les ambitions démesurées des uns et des autres vont avoir raison de l’unité du parti et surtout de sa cohésion lorsqu’il s’agira de choisir, par exemple, un autre candidat que lui.

Les frustrations observées sont symptomatiques du choc des ambitions dans les rangs. Ce type de management du parti qui fonctionne comme un vaste mouvement de soutien ne va pas toujours lui profiter. Il a compris qu’il est temps de faire des choix importants après de mûres réflexions inclusives.

Car, si comme il l’a dit et revendiqué, il sait qu’au Gouvernement, il peut procéder aux choix de personnes sans avoir à en rendre compte, ce n’est pas le cas dans sa formation politique où il serait périlleux de faire du parachutage.

La situation est d’autant plus pressante que non seulement il entame son second mandat mais, entretemps, il faudra affronter une opposition blessée aux locales en décembre et aux législatives en 2022. Or, lors de ces deux élections, il ne sera pas sur les listes et il ne va pas diriger les campagnes, même si son ombre sera omniprésente.

En conséquence, il est important de savoir qui est qui, surtout avec la suppression annoncée du poste de Premier ministre dont celui qui occupait la fonction était perçu, de facto, comme le numéro 2.

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Le mode de fonctionnement actuel du parti qui est un centralisme fort des centres de décisions,peut susciter une cassure abyssale lorsque la tête est absente. C’est cette fragmentation qu’il veut éviter d’autant plus qu’aux locales, il peut ne pas devoir compter sur certains de ses alliés qui pourraient lui tourner le dos si les investitures ne leur sont pas favorables.

Pis, en 2024, certains alliés comme l’Afp ont déjà annoncé qu’ils seront candidats.

Et au regard du fait que ceux qui sont estampillés ‘’transhumants’’ n’ont pas reçu de postes ministériels, ils peuvent, aussi, s’écarter de la coalition au pouvoir.

Car, ce n’est pas seulement la cohésion de l’Apr qui est menacée, mais celle de toute la coalition Benno Bokk Yakaar et celle de la nouvelle majorité présidentielle.

Il est grand temps, pour Macky, de compter, enfin, sur son parti. Pour ce faire, il faudra que ce dernier montre un nouveau visage : celui d’une formation politique bien structurée avec une discipline de parti impeccable où les décisions se prennent à la majorité, comme dans toute association qui se respecte.

Macky qui est beaucoup plus jeune que l’ancien Président Wade, ne veut pas perpétuer les erreurs de ce dernier dans le système de gestion de son parti.

Ainsi, si les réflexions inclusives et approfondies auxquelles il appelle sont menées avec soin, l’Apr devrait pouvoir arriver à des résultats qui fassent moins de frustrés que si c’est le Grand Manitou qui décidait. Et tout ceci doit aboutir à un congrès ‘’avec débat’’ pour que tout un chacun se sente concerné.

C’est dire qu’il ne faudrait pas que militants et cadres aient l’impression que des personnes ont été favorisées pour des raisons obscures contraires aux principes démocratiques.

Ce que Macky peut faire pour le Gouvernement, il doit l’éviter pour son parti au risque de connaitre les contradictions qui ont fait que le Parti démocratique sénégalais (Pds) a connu tant de départs et de déboires.

dakarmatin