Ma lettre à Ousmane SONKO…(Par une voix de Adji Raby SARR) 

Mon cher Tonton Ousmane,

Je profite de cette accalmie pour m’adresser à vous afin que vous preniez conscience de ma situation, de celle de ma famille et du Sénégal que nous aimons tous. Aujourd’hui, je suis contrainte à vivre loin des regards des sénégalais à cause de vous car vous n’avez pas voulu que ces derniers sachent véritablement ce qui s’est réellement passé entre nous.

Supposons les impressions réunies de tout ce qui vient de se produire depuis qu’on s’est connu jusqu’ici, les insultes que j’ai subies, les calomnies, les atteintes à ma dignité de femme et le déshonneur qui s’en est suivi, tout ceci m’a trop affecté. Malgré tout, en tant que croyant, j’ai inscrit tout sur le registre de mon destin. Ce destin, vous en avez une part de responsabilité car plus âgé, plus intelligent, plus fort et plus nantis que moi. Dites-vous que Dieu jugera.

J’espère que votre bonne foi et votre intelligence vous permettront de deviner tout le tort que vous m’avez causé et causé aussi aux uns et aux autres : les morts, les blessés et les dégâts collatéraux subis par certains compatriotes.

Oui, mon cher Tonton Ousmane, je viens du bled (Maya), une des îles du Saloum où la variété de la nature côtoie celle des êtres; où la grandeur de l’Homme par la beauté de ces actes fait plaisir à Dieu. Dans cette partie du Sénégal, tout y est vie et fait aux yeux un mélange inexprimable qui embaume les cœurs malgré la pauvreté. Ce qui fait le charme de mon village, c’est la subtilité du bras de mer qui nous entoure en nous servant de bouclier pour notre sécurité et de source de providence afin que nous puissions vivre dans la paix et la quiétude. Dans les îles du Saloum, nous sommes tous solidaires, bienveillants, sociables et nos traits les plus marqués chez nous, les NIOMINKA, est le rapprochement de nos points de vue au plan social. C’est cela qui est le socle de mon éducation.

Je suis issue d’une famille modeste et suis orpheline à bas âge et je croyais que la vie avait quelque chose de magique, de surnaturel, qui ravit l’esprit et les sens au point que j’ai cru que ces merveilles étaient concentrés non pas dans les villages mais dans les villes, et que Dakar, la capitale du Sénégal, emblématique, où les grands moments de notre histoire se racontent, en brillait de milles feux. J’avais fait de mon mieux pour réussir mes études à Djirnda mais hélas, les conditions n’étaient pas réunies. Ma chère mère n’était plus là pour m’orienter, m’encourager, me conseiller et m’appuyer. Ma grand-mère m’a couvé d’amour excessif si bien qu’elle m’a suivi dans mes caprices de jeune fille.

Ainsi, j’avais décidé d’aller découvrir cette belle vie à Dakar, y gagner de l’argent, y rencontrer un coup de chance ou de providence afin de devenir une grande dame moi aussi. C’est comme ça que je suis tombée sur Fina, gérante de ce salon de massage que vous fréquentiez. Fina, une femme que j’ai adorée, aimée respectée et considérée comme ma grande sœur ; comme une maman je pouvais même dire qui m’a offert du travail. C’est là où on s’est rencontré Tonton Ousmane, c’est là où nos destins se sont croisés. On m’appelait Aïssa, un nom que j’avais choisi moi-même pour échapper à la vigilance des parents et autres connaissances, vue la délicatesse du métier de massage. Le premier jour où vous avez décidé  d’abuser de moi, vous m’avez appelé par mon nom propre, vous m’avez même donné tous les détails sur ma pauvre personne : prénoms et Nom, lieu de naissance et un peu de ma vie personnelle: j’étais stupéfaite. Si je ne vous avais pas rencontré, peut-être que j’aurais passé tout le temps de mon séjour à Dakar dans un enchantement du milieux où je gagnais au moins de quoi manger car à Dakar, il faut travailler pour survivre, rien n’est gratuit. Quand vous avez abusé de moi, vous avez cru découvrir un trésor à votre portée alors que j’en souffrais terriblement à chaque fois.

Une jeune fille de 20 ans, vierge qui travaille dans un salon de massage, cela est surprenant m’avais-vous dit.

J’éprouvais un remord encore dans ce milieu qui n’était pas mien. Avec tout ce que vous incarnez en politique, en religion et en toute bonne foi, vous pouviez au moins me tirer de ce milieu, me sauver, m’orienter vers le bon côté quand je vous ai fait savoir que j’étais vierge et que vous avez vous-même pris le soin de vérifier. Mais cela a aiguisé votre appétit et vous en avez fait une aubaine pour la satisfaction de votre libido.

Une fille orpheline, venant du bled, jeune et belle au milieu de Dakar, est transformée en objet sexuel si elle a la malchance de tomber entre les mains d’un homme qui ne croît pas en Dieu ; les exemples sont nombreux. Combien sont-elles qui souffrent en silence parce qu’ayant peur de parler ? Sur plus de 100 cas, seuls 5 ont le courage de dénoncer.

L’exemption des peines des villageoises vivant à Dakar ayant besoin d’aide, dépend de la bonne foi de ceux qui les accueillent.

Mais ce que je n’ai pu comprendre en vous et qu’on ne peut guère imaginer, c’est vos discours politiques en public, contraires à vos actes réels en privée. C’est cette fausseté qui m’a poussé à agir ainsi; j’avoue même que c’est l’œuvre de Dieu car, je sentais une force qui me dictait mes gestes.

Ce que j’ai vécu avec vous est une épreuve surprenante, moi qui n’étais connue de personne, et qui croyais que ce travail était juste un gagne pain qui m’éviterait de tomber dans la prostitution.

La préférence que j’avais pour ce métier était liée à ma dignité de femme d’abord et de villageoise ensuite. Je n’avais aucun bagage intellectuel qui me permettrait de trouver autre qu’un salon de massage ou un lieu de prostitution. Être une bonne dans une famille allait sûrement être pire encore pour moi. J’avais choisi entre ces deux options le salon de massage malgré que certains le considèrent comme une ardeur à l’avidité.

À Dakar, on rançonne assez durement les étrangers et ceux qui le font sont aussi pour la plupart des étrangers qui ont réussi. Chez moi à Maya, l’étranger est un roi et c’est pour cela que je peine à concilier dans un même pays  des manières de vie si différentes. Mon expérience avec vous m’a fait comprendre la raison. Dans la capitale, les villageois qui sont à la recherche d’un avenir meilleur sont des marchandises à la merci de gens qui ont leur négoce et gagnent aisément de l’argent.

Aujourd’hui, les bonnes consciences exigent que justice soit rendue, que la vérité éclate et que le droit soit dit dans sa rigueur. En tout cas, moi je souhaite de toute mon âme que les sénégalais sachent la vérité, c’est pourquoi je vous ai invité à jurer la main sur le Coran si vous n’avez rien à vous reprocher. Que la justice nous traite comme elle traite les autres ; d’égale dignité.

Mon cher Tonton Ousmane, si je n’avais rien dit jusqu’ici, c’est parce que je voulais vivre à la manière villageoise; je n’avais qu’à dire un seul mot pour que les gens de bonne fois sachent où se trouve la vérité. J’ai subi toutes sortes d’humiliations et c’est à cause de vous, vous avez accusé des gens qui n’étaient même pas au courant de vos fréquentations, vous avez provoqué la mort de plus d’une dizaine de personnes et causé de multiples blessés et pertes matérielles. Le seul compliment qui nous reste devant Dieu est de demander « PARDON » aux Sénégalais, bien que j’ai agi pour enfin me libérer de vos griffes. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai porté plainte pour ne plus subir de tels actes. J’ai décidé de ne plus être la proie facile d’un pervers faux dévot qui ressemble à ce Tartuffe de Molière dont le nom propre est devenu commun à tous ceux qui agissent comme vous. Je ne regrette pas d’avoir porté plainte devant la justice de mon pays ; ce que je regrette c’est juste la tournure politique que vous et certaines personnes de mauvaise foi avez donné à cette affaire privée jusqu’à morts d’hommes s’en suivent.

Si votre conscience est immortelle, si elle est vraiment votre guide, elle nous jugera car elle sait très bien ce qui s’est passé tout comme la mienne qui m’a fait jurer sur la tombe de ma chère maman. Tonton Ousmane, Dieu jugera à coups sûrs et ce jugement se fera en toute transparence et vérité.

Adji Rabi SARR (Par ma voix).

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