De nouveaux éléments viennent relancer les accusations d’utilisation d’armes chimiques dans le conflit soudanais. Selon Senegal7, des témoignages, des enregistrements et le cas d’un soldat de l’armée soudanaise seraient venus renforcer les soupçons autour d’un recours présumé à des substances toxiques lors de bombardements dans plusieurs secteurs de Khartoum.
L’affaire est d’autant plus sensible que certains des éléments avancés proviendraient de sources proches du camp militaire soudanais. Les faits présumés concernent des opérations menées dans plusieurs zones de Khartoum avant leur reprise par les forces placées sous le commandement du général Abdel Fattah al-Burhan et leurs alliés.
D’après les informations relayées par Senegal7, l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme affirme avoir recueilli des témoignages et des enregistrements faisant état de sérieux soupçons d’utilisation de substances chimiques. L’organisation s’appuie notamment sur le cas d’un soldat soudanais qui aurait développé une maladie inhabituelle après avoir été exposé aux conditions de combat.
Selon l’Observatoire, son état pourrait être lié à une exposition à des substances toxiques lors de bombardements dans les secteurs de Bahri Al-Kadrou, au nord de Khartoum, et d’Al-Arda, à Omdurman, pendant les affrontements entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR).
Des indices qui restent à confirmer
Toujours selon Senegal7, des vidéos en circulation montreraient une détérioration rapide de l’état de santé du militaire. Des habitants auraient également signalé des odeurs âcres après les bombardements et une modification inhabituelle de la couleur du sol sur certains sites touchés.
Ces témoignages alimentent les soupçons, mais ne suffisent pas à déterminer la nature des substances utilisées ni leur origine. L’Observatoire évoque notamment l’hypothèse de munitions contenant du chlore ou d’autres agents chimiques.
Une confirmation nécessiterait toutefois des analyses scientifiques et une enquête indépendante. Il faudrait notamment établir la présence éventuelle de substances toxiques dans l’air, l’eau ou les sols, puis déterminer leur origine.
Les secteurs concernés ont été parmi les principaux théâtres des combats. Selon les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), Omdurman, notamment le secteur d’Al-Arda, a été durement touché par les affrontements entre les Forces armées soudanaises et les FSR.
Des accusations déjà portées devant des instances internationales
Ces nouveaux soupçons interviennent alors que l’armée soudanaise fait déjà l’objet d’accusations similaires.
Senegal7 avait rapporté en septembre 2025 que l’Alliance soudanaise pour les droits (SAR) avait déposé plusieurs plaintes contre des responsables militaires soudanais, dont le général Abdel Fattah al-Burhan, les accusant notamment d’un recours présumé aux armes chimiques.
L’organisation avait également demandé que la Cour pénale internationale (CPI) examine ces accusations et avait saisi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle avait en outre appelé l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à se pencher sur le dossier, selon les informations rapportées par Senegal7.
La pression internationale s’était accentuée en mai 2025. Les États-Unis avaient alors annoncé des sanctions contre le Soudan après avoir conclu que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques en 2024. Washington avait notamment prévu des restrictions concernant certaines exportations, les licences d’armes et les crédits accordés au gouvernement soudanais, selon Senegal7.
Des alertes sur l’environnement
Les nouvelles accusations font également écho à de précédentes alertes concernant les conséquences environnementales d’une utilisation présumée de substances chimiques.
En mai 2026, l’Observatoire national soudanais des droits de l’homme avait diffusé des images présentées comme montrant une pollution de l’eau, un changement de sa coloration et une importante mortalité de poissons. Ces éléments avaient été rapportés par le média soudanais Rhino News.
L’Observatoire avait alors appelé les organisations internationales et les agences humanitaires à enquêter et à intervenir dans les zones potentiellement contaminées.
À ce stade, ces différents éléments doivent toutefois être considérés avec prudence. Ils constituent des indices et des allégations, mais ne permettent pas encore d’établir de manière indépendante l’utilisation d’armes chimiques. Des analyses scientifiques et des investigations sur le terrain seront nécessaires pour identifier d’éventuelles substances toxiques et déterminer les responsabilités.
« Il n’y a pas de mains propres au Soudan »
Les accusations suscitent également des réactions à l’étranger. Le sénateur nigérian Ned Nkoko, commentant sur X les informations relatives à l’utilisation présumée d’armes chimiques, a appelé la communauté internationale à agir.
« L’utilisation d’armes chimiques en 2026 est inimaginable. Ces atrocités au Soudan doivent cesser immédiatement. La communauté internationale doit agir et imposer des sanctions aux deux parties. Il est clair qu’il n’y a pas de mains propres au Soudan », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés.
Pour Senegal7, qui avait déjà relayé les précédentes accusations contre la hiérarchie militaire soudanaise, le dossier pourrait prendre une nouvelle ampleur si les éléments avancés par l’Observatoire étaient confirmés par des enquêtes indépendantes.
Une telle confirmation pourrait renforcer la pression internationale et ouvrir la voie à d’éventuelles procédures contre les responsables présumés. Mais, en l’absence de vérifications scientifiques et d’éléments d’attribution incontestables, les accusations doivent encore être présentées comme des soupçons et non comme des faits établis.
