Entre Aminata Touré et l’Alliance pour la République, on croyait la rupture actée, avant que des rumeurs de conciliation ne circulent et n’expliquent son silence depuis les manifestations de mars…

 

Dans le meilleur des mondes et surtout dans une bonne stratégie politique, il serait souhaitable que Macky Sall et Mimi Touré puissent se retrouver pour l’intérêt du pays. Le couple, unit dans le pouvoir exécutif, a fait des étincelles à son époque. Nommée ministre de la Justice en 2012, « Mimi » est chargée de concrétiser les promesses du chef de l’Etat sur la fin de l’impunité et la lutte contre la corruption. Récompensée du siège de Premier ministre, elle part à l’assaut de forteresses imprenables en promettant de répondre, pour le Président, à la demande sociale. Entre les deux, le contrat était clair, taire les ambitions politiciennes pour la transformation du pays. Mais à ce jeu, toute dissonance d’opinion peut sonner comme un défi. Ça tombe mal : Aminata Touré, crayonnée comme une forte tête, n’a pas pour habitude de se censurer ou de faire des compromissions. Trop de caractère lui vaudront d’hériter de la position de challenger contre l’indétrônable Khalifa Sall dans la commune stratégique de Grand-Yoff lors des dernières Locales. Une porte de sortie quand on connaît les règles préétablies par le chef : gagner ou partir. «Ce n’est pas la première fois que je prends la porte», plaisantait-elle lors d’un entretien avec «Jeune Afrique». Sa carrière politique au sein de la majorité présidentielle ne connaîtra plus jamais de stabilité depuis cette première rupture. Un coup promue : elle a été d’abord éloignée pour servir d’Envoyée spéciale du Président, puis rapprochée pour occuper le poste de présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Un coup : reléguée aux oubliettes de la politique. Mais même dans ce dernier cas, l’un et l’autre ont toujours su activer les mécanismes pour éviter la rupture définitive. Jusqu’à cette dernière mésentente.

«Aucun contact direct ou indirect avec le Président»

Les choses ont commencé à sentir le roussi dès son éviction de la présidence du Cese. Officiellement, elle le doit au souk qu’elle aurait mis dans l’institution. Mais en sourdine, c’est un secret de polichinelle que le Président voit d’un mauvais œil les ambitions politiques de son ancienne Premier ministre et directrice de Cabinet. «L’ambition n’est pas un délit», avait été sa réponse au lendemain du décret qui venait de mettre fin à son mandat. Des rumeurs et des sorties orientées sur sa gestion du Conseil économique l’avaient ensuite obligée à avoir une position plus tranchée. «Nul ne saurait, à cette étape de ma vie administrative et politique, ternir ma réputation et mon intégrité», avertissait-elle. Depuis, Aminata Touré prend un soin particulier à se faire entendre. La meilleure défense est l’attaque, interview, contribution, analyse… Elle se positionne désormais en pièce discordante dans le rouage de Macky Sall. Depuis octobre dernier, date de son éviction, elle s’est, tour à tour, prononcée sur des questions jugées épineuses pour le président de la République. Sur la polémique du troisième mandat, elle égratigne Macky Sall lors d’une conférence virtuelle sur la limitation des mandats en Afrique : «Le Président réélu le 24 février 2019 a affirmé à de nombreuses reprises qu’il effectuerait son second et dernier mandat, notamment le 31 décembre 2018. Donc, au Sénégal, la question est derrière nous.» Sur les scandales politico-économiques, elle incite Macky Sall sur la Rfm à «soulever le coude sur les dossiers». Et dans la même émission, l’ancienne Garde des Sceaux pointe du doigt la confiance perdue des citoyens en la Justice de leur pays. C’était le 8 mars, journée de la Femme, mais surtout journée de manifestations contre la mise en détention de l’opposant Sonko. Un sujet fertile pour quelqu’un qui semble désormais se positionner comme adversaire. Seulement, « Mimi » n’a pas pris la perche.

Toujours membre de l’Apr, même si elle n’avait pas répondu, en septembre dernier, à la convocation du Secrétariat exécutif, elle avait, après cette sortie à la Rfm, semblé être revenue à de meilleurs sentiments. Des rumeurs sont tout de suite allées bon train sur les tentatives d’apaisement entre elle et Macky Sall. Des informations faisaient état de «négociations secrètes» au Palais pour résoudre «le cas Mimi Touré». L’idée d’un poste au gouvernement pour calmer ses ambitions avait aussi été agitée. Seulement, tout ce scénario ne serait que saupoudrage. Selon les proches collaborateurs d’Aminata Touré. «Il n’y a aucun contact direct ou indirect avec le Président depuis l’épisode du Cese.» Elle-même ne saurait rien de ces rumeurs. Pis, pour le camp de l’ex-Premier ministre, la tendance actuelle serait même à la rupture définitive avec l’appareil d’Etat. «Elle regrette ce climat qui la repousse loin de ses premiers engagements, mais la responsabilité ne lui est pas imputable», murmurent ses amis. Un peu perdue dans cette atmosphère politicienne, l’économiste de formation aurait décidé de prendre un peu de recul, le temps de mettre une forme sur sa nouvelle direction.

«Elle mijote quelque chose…»

C’est une habitude qu’elle avait prise lors de sa première rupture avec le Président Macky Sall et qu’elle pérennise depuis. Encore frileuse à prendre son indépendance politique, Aminata Touré prend quand même des libéralités partisanes. Elle passerait ses journées à faire des rencontres à gauche à droite. Des syndicalistes, des intellectuels, des femmes de groupements, des jeunes, des politiciens, des religieux, des leaders d’opinion, des sportifs… Bref, des acteurs qui s’occupent d’activités économiques et sociales et qui pourraient, le moment venu, lui être d’un grand renfort. «Elle mijote quelque chose», confie son proche entourage. Elle consacrerait aussi une autre partie de ses journées à écrire, à mettre ses idées sur papiers. «Elle réfléchit beaucoup sur les grandes questions économiques et sociales, comme par exemple : comment résorber le chômage des jeunes en passant par le recensement via les conseils de quartier», concluent ses collaborateurs. Un sujet qui ne sort pas ex nihilo de la conversation. Mimi Touré et ses collaborateurs ont suivi avec intérêt le soulèvement populaire qui s’est joué au mois de mars dans le pays et la proportion de jeunes qui a pris part à  ces manifestations. Réfléchir donc à comment apporter une solution à ce phénomène peut être une manière comme une autre pour Mimi Touré de tendre la main une dernière fois à Macky Sall.

LOBS

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